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IT multimodale vs rupture technologique : bien penser sa transformation numérique

Catégories : Innovation

À ma gauche, Forrester Research et sa « Business Technology ». À ma droite, Gartner et son « IT bimodale ». Deux approches diamétralement opposées qui visent pourtant le même objectif : accélérer la transformation numérique des entreprises. Revue des enjeux et des écueils de chacune.

 

Pris au milieu de cette guerre des stratégies – et in fine, de l’influence – que se livrent les deux principaux cabinets de conseils au monde, le DSI est perplexe : quelle voie doit-il suivre ?
Si Forrester Research a l’antériorité de l’analyse – son concept de « Business Technology » remonte à l’année 2012 – c’est bien l’IT bimodale prônée par Gartner qui fait le plus parler d’elle depuis quelques mois.

 

Le modèle disruptif

Pour Forrester Research, le constat est le suivant : pour répondre aux nouveaux besoins et usages de l’informatique par les métiers, la DSI doit non seulement faire évoluer la technologie, notamment en direction du Cloud, mais également les processus et jusqu’aux mentalités de tous, y compris de la Direction générale. Forrester Research plaide donc pour une vraie rupture technologique fortement soutenue par une approche de type DevOps.

Le résultat de cette démarche est impressionnant lorsque tout se passe bien, le plus gros risque étant de « perdre » des collaborateurs en cours de route.

 

Le modèle rassurant

Gartner se veut plus pragmatique. Pour le cabinet de Stamford, prudence et audace ne sont pas inconciliables : l’entreprise peut continuer à capitaliser sur ce qui fonctionne tout en développant en parallèle une architecture « exploratoire » qui réponde aux besoins modernes de rapidité et d’agilité. Ce modèle n’interdit pas d’optimiser l’architecture « legacy » (bien au contraire !) afin d’améliorer l’expérience utilisateur. Un exemple dans le domaine du stockage : un remplacement de disques mécaniques par du flash permet d’accélérer significativement le temps de réponse, donc la fluidité, des applications métiers.

L’avantage de la méthode Gartner est de favoriser la progressivité de la transformation ; le risque, de créer une IT à deux vitesses plutôt que deux-en-un. D’où l’idée de certains analystes, qui poussent le concept plus loin en introduisant une IT tri-modale. Pour faire court, la DSI serait divisée en trois entités qui travaillent main dans la main en mode agile : les « pionniers » (en charge de l’innovation), les « colons » (qui gèrent l’informatique opérationnelle au quotidienne) et les « urbanistes » (qui coordonnent le tout en industrialisant les innovations des pionniers).

 

Quelle voie choisir ?

Ces deux approches ont un problème commun : aucune ne saurait adresser toutes les situations. Certaines entreprises, notamment les plus anciennes, seront confrontées à une résistance au changement qui les conduira plus naturellement vers la méthode douce, celle de Gartner. D’autres entreprises, notamment celles confrontées à la concurrence des startups, devront agir vite : pour elles, ce sera la rupture rapide prônée par Forrester Research. Et ce ne sont là que deux exemples, il existe presque autant de situations que d’entreprises.

Pour le DSI, le choix ne pourra donc se faire qu’après une inévitable période d’introspection, menée en lien étroit avec la Direction générale. Celle-ci doit être à la fois moteur et partie prenante de la transformation.

 

L’avis d’Eric Antibi, Directeur technique de NetApp France

Quelle que soit la voie suivie, l’innovation technologique doit répondre à des critères simples mais stricts. Le premier est qu’innover pour innover ne sert à rien ; chaque innovation, chaque brique de la transformation, doit être justifiée par une vision stratégique.

Le second est que l’innovation doit être raisonnée. Des qualités comme le web-scale (élasticité à très grande échelle), le software defined (virtualisation), la capacité à tirer profit des ressources dans le Cloud et notamment le Cloud hybride, sont essentielles. J’y ajoute la simplicité : nous voyons chez NetApp que nos clients la réclament de plus en plus. Et c’est qui fait le succès de nos solutions comme SolidFire ou DataFabric.